Le Grand Hamster

Ce rongeur est menacé de disparition dans divers pays, dont la France. Il ne survit que dans quelques communes d'Alsace (dans le Haut-Rhin où les effectifs sont très faibles, et dans le Bas-Rhin) où l'espèce pourrait s'éteindre très vite si des mesures ne sont pas prises très rapidement.
Pour plus de renseignements, contactez le
GEPMA (Groupe d'Etude et de Protection des Mammifères d'Alsace - 8 rue Adèle Riton - 67000 Strasbourg - Tél: 03 88 22 53 51).


Compte-rendu des 12èmes journées du groupe de travail international sur le Grand Hamster

Strasbourg, du 16 au 18 octobre 2004

Ce colloque, soigneusement organisé par l’ONCFS (Isabelle Losinger) avec l’aide financière des Conseils généraux du Haut-Rhin et du Bas-Rhin, de la Région Alsace, du Conseil de l’Europe et de la DIREN, se déroulait pour la seconde fois en France. Il réunissait environ 80 participants d’Allemagne, d’Autriche, de France, de Hongrie, de Belgique, des Pays-Bas et de Tchécoslovaquie, et comportait deux volets : conservation, gestion et suivi d’une part, biologie et écologie des populations de l’autre. Les échanges entre les différents participants, extrêmement fructueux, ont permis de recueillir des éléments permettant d’ajuster et de parfaire notre propre plan de conservation, lequel n’a, pour l’instant, malheureusement pas permis d’éviter le déclin de cette espèce en France.

Ce phénomène de régression des populations a toutefois été observé quasiment dans tous les pays d’Europe occidentale (sauf en Bavière et en Thuringie, régions où il est resté stable pendant les cinq dernières années), surtout entre 2003 et 2004, cette régression atteignant parfois 90 % dans certaines zones. Elle était cependant beaucoup moins importante entre 2002 et 2003, période sans doute moins marquée par la sécheresse. Globalement, les raisons invoquées pour expliquer le déclin de l’espèce tenaient en premier lieu au morcellement des populations lié aux modifications des paysages agricoles (taille des parcelles, nature des assolements) et à l’urbanisation galopante dans les régions où vit le grand Hamster. Dans ce contexte fragile, la prédation (par le renard essentiellement), les conditions de l’hibernation, voire les maladies ou même le réchauffement climatique peuvent accélérer son déclin. Weinhold a en effet fait remarquer que cet animal était présent 5000 ans avant notre ère et que ses populations ont vraisemblablement décliné avec le réchauffement climatique qui s’est produit au début de celle-ci.

Dans les zones où les populations vivent à l’état de reliques, et sous réserve de restaurer l’habitat, les remèdes préconisés consisteraient essentiellement à renforcer les populations par des lâchers d’une quarantaine d’animaux au minimum, sachant qu’une population ne peut être viable sur le long terme que si elle atteint un minimum de 700 individus (chiffres non étayés scientifiquement). En effet, les aléas environnementaux d’origine naturelle et anthropiques qui pèsent sur les petits groupes isolés peuvent entraîner l’extinction de ces noyaux. Pour assurer une survie à long terme, A. Kayser a noté que la population devrait être de 1500 hamsters au printemps dans un habitat connecté. En raison de la faible densité moyenne observée actuellement en Alsace, cela signifie qu’il est nécessaire que le Hamster dispose d’une zone contiguë avec cultures favorables d’environ 300 ha, en supposant que la densité moyenne au printemps soit de 4 terriers/ha ou davantage. Le corollaire est que, si l’on veut optimiser la reproduction, il faut éviter de fragmenter les noyaux de population. Par ailleurs, il est à remarquer qu’il existe d’importantes variations génétiques entre les différentes populations, comme cela a été prouvé par comparaison des ADN de deux populations de hamsters, hollandais et belges. Les animaux les plus proches de nos populations alsaciennes seraient ceux du Bade-Würtemberg. Ces études ont également montré que les hamsters de Tchécoslovaquie et de Russie étaient génétiquement les plus éloignés des populations de hamsters d’Europe occidentale.



D’autres études ont révélé qu’il était souhaitable que le hamster puisse disposer d’un couvert végétal d’une vingtaine de centimètres de haut dès sa sortie d’hibernation, ce à la fois pour pouvoir se nourrir et se soustraire à la vue de ses ennemis. Les meilleurs résultats ont été enregistrés avec des bandes de luzerne, de tournesol et de betterave alternant avec des jachères. Ceci ne peut être évidemment obtenu qu’avec la collaboration des agriculteurs, ce qui explique le fait que les primes allouées pour le maintien des populations soient variables suivant les actions entreprises, ces primes pouvant s’élever jusqu’à 1500 € par ha en Bavière (jachères avec plantations de céréales et de luzerne sur 50 % de la surface, non récoltées avant la mi-octobre), et plus de 1500 € / ha aux Pays-Bas…

S. Martens a cependant fait remarquer qu’à l’origine, le hamster vivait dans les prairies et les steppes, en limite de zone forestière, et qu’il s’est progressivement adapté aux cultures les plus appétissantes pour lui. Coler, en 1927, le cite comme omnivore. Il s’avère donc nécessaire de maintenir une mosaïque d’habitats, d’où une nécessaire entente avec le Ministère de l’Agriculture. Par ailleurs, il a été remarqué que lorsque les chaumes restaient en place jusqu’à l’automne, la population de hamsters était plus florissante l’année suivante.

Le programme français.

En ce qui concerne la France, six objectifs ont pour l’instant été définis dans le futur plan de restauration :

1 – Faire accepter l’espèce par les agriculteurs. C’est le but poursuivi à travers la lettre « Hamster info » qui a été adressée à 3000 agriculteurs. Il est à noter à ce titre que les demandes de capture en Alsace sont en régression depuis 2002.
2 – Obtenir la préservation des milieux propices à la survie de l’espèce. C’est dans ce cadre qu’ont été passés 60 contrats avec les agriculteurs afin de mettre sous convention 145 ha de cultures avec luzerne et céréales en 2004.
3 – Effectuer un suivi des populations et un recensement des animaux : 87 communes ont été prospectées, et il s’avérerait que des indices de présence aient été mis en évidence sur 59 d’entre elles.
4 – Sensibiliser le public, ce qui a déjà été en partie réalisé par l’intermédiaire de deux expositions, l’une avec l’aide de la Poste, l’autre avec le Zoo de Mulhouse et l’Association Sauvegarde Faune Sauvage. Il est prévu de poursuivre très prochainement ce programme avec le « Vaisseau », structure pédagogique de grande envergure en passe d’être finalisée par le Conseil Général du Haut-Rhin.
5 – Développement de l’élevage récemment mis en place au sein du zoo de Mulhouse. Les débats ont montré qu’il serait utile d’en monter un second dans un autre endroit, ce afin d’éviter d’éventuels problèmes pathologiques ou de consanguinité qui entraveraient les futures opérations de renforcement de populations.
Plusieurs pistes pourraient être étudiées, entre autres celle de se rapprocher de l’élevage maintenu à des fins scientifiques par un laboratoire du C.N.R.S. à Strasbourg et qui est totalement indépendant du plan de conservation du Hamster en France. Des échanges de savoir faire technique, notamment dans le but d’optimiser la reproduction, et des échanges d’animaux pourraient être institués.
Il serait en outre nécessaire de coordonner les programmes d’élevage conduits en France et en Allemagne (Bade-Würtemberg) qui maintiennent en leur sein des animaux de souche comparable au plan génétique aux nôtres.
6 - Etablir un partenariat avec les équipes étrangères travaillant sur le même sujet.

Analyse du programme de relâcher réalisé cette année

21 des 23 hamsters relâchés cette année ont été équipés de colliers émetteurs et observés quotidiennement pendant 3 semaines puis 1 à 2 fois par semaine jusqu’à leur disparition. Leur survie moyenne a été de 14 jours, et leur survie cumulée de 1% à 76 jours (au bout de 123 jours, il en restait 2), ce qui est très faible. Les causes de mortalité étaient dans 90% des cas liées à la prédation (rapaces), à l’intolérance au collier émetteur ou au milieu (stress). En effet, deux des animaux retrouvés morts avaient perdu 20% de leur masse corporelle en 12 jours… Notons que l’expérimentation conduite aux Pays-Bas dans un contexte analogue a donné des résultats comparables en terme de survie.

D’après les échanges qui ont eu lieu durant ce colloque, on pourrait agir sur deux pistes pour améliorer le succès des opérations de renforcement des populations :

1 - revoir les conditions d’élevage pour rendre les hamsters les plus sauvages possibles, en limitant au maximum les contacts humains.

2 - re-examiner les modalités pratiques des lâchers pour obtenir une meilleure intégration des animaux dans leur nouvel environnement afin, notamment, de limiter la prédation pendant cette phase d’installation (taille des cages, profondeur des terriers d’accueil, pose de clôtures électriques pour limiter la prédation terrestre etc…). Les résultats obtenus par les équipes allemandes ont montré un taux de survie des animaux relâchés presque 4 fois supérieur (30% contre 8%) à celui observé dans un champ non clôturé…Ce problème serait à mettre en relation avec le manque d’expérience des jeunes issus d’élevage.

En ce qui concerne les autres domaines abordés, tout particulièrement celui de la biologie, d’intéressantes précisions ont été apportées au cours de ces journées. Il a notamment été évoqué le fait que les cycles vitaux de l’animal sont induits par une horloge interne qui ne correspond pas toujours à celle des saisons. Au printemps, ce sont les mâles qui sortent les premiers d’hibernation, une huitaine de jours avant les femelles. Les premières portées ont lieu fin mai, et les dernières début août. Les femelles qui ont un grand nombre de petits retardent l’hibernation. Ce sont surtout celles dans leur seconde année qui sont les plus fertiles (de 1 à 3 portées par an). La même femelle peut s’accoupler avec plusieurs mâles différents (jusqu’à 4) mais, en général, seul le mâle dominant la féconde. Certains hamsters n’hibernent pas, même en nature, et la mortalité la plus forte à la sortie de l’hibernation est observée chez les mâles les plus actifs durant l’hiver. Enfin, plusieurs orateurs ont rappelé que les périodes d’activité de ces animaux culminaient au lever du soleil entre 5 et 9 heures du matin, et au coucher du soleil, entre 18 et 22 heures. A signaler également une fort intéressante étude ethno-zoologique sur la symbolique du hamster en Alsace par Mme Méchin de l’Université de Strasbourg.



En conclusion, il a été rappelé la nécessité d’intégrer l’étude des paysages à notre plan de restauration, de veiller à la diversité des cultures et à la mise en place impérative de bandes refuge, et d’obtenir systématiquement des mesures compensatoires dans tous les cas où l’on se trouverait dans l’obligation d’abandonner à l’urbanisation des zones de présence de l’animal. Les dernières populations viables sont localisées à proximité des agglomérations. Il a même été rapporté le cas d’une population autrichienne vivant dans les parcs de la ville de Vienne. C’est la destruction des habitats qui s’avère la première des causes de disparition de l’espèce. Sa survie en France dépend donc de l’action concertée de trois ministères : l’Environnement, l’Agriculture et l’Urbanisme.

Jean-Marie GOURREAU (Directeur de recherches - AFSSA – Tél : 01.49.77.13.45)

NB : Les textes en italique correspondent à des réflexions personnelles.

(Article paru dans le numéro 49 - Mars 2005 - du bulletin de liaison de la SFEPM "Mammifères sauvages")


"Le hamster prend la clé des champs"

C’est une première en France : plusieurs groupes de grands hamsters, élevés au zoo de Mulhouse, ont été lâchés depuis fin juin dans la luzerne de Grussenheim, afin de renforcer les populations présentes.



Emblématique de l’Alsace, la « marmotte de Strasbourg » avait presque disparu. Hier classé parmi les nuisibles et à ce titre éliminé, le petit animal a sévèrement été mis à mal par la monoculture du maïs, fatale à ses habitats. Depuis 1990, le Cricetus cricetus est devenu une espèce protégée. Un plan national de sauvegarde a été mis en place, piloté par la Diren Alsace et l’Office national de la chasse et de la faune sauvage, avec des associations comme sauvegarde de la faune sauvage, et pilote de récents lâchers. Mais le combat n’est pas gagné : il reste, notamment, à faire prendre en compte cet animal lors des travaux de grandes infrastructures, pour limiter le morcellement des populations.

Jean-Louis DERENNE
Rédacteur du journal du Ministère « Ecologie et développement durable.
(Extrait du journal du Ministère « Ecologie et développement durable », n° 18, novembre 2003).


Contact : Nathalie LACOUR – E.mail : nathalie.lacour@environnement.gouv.fr

(Article paru dans le numéro 47 - Avril 2004 - du bulletin de liaison de la SFEPM "Mammifères sauvages")