Le Plan National d'Actions pour la Loutre en France


Les plans nationaux d’actions sont des outils, mis en place par le Ministère en charge de l’Ecologie, qui établissent des stratégies pour la conservation des espèces (http://www.developpement-durable.gouv.fr/-Especes-menacees-les-plans-.html).

Suite aux sollicitations du Groupe Loutre de la SFEPM auprès du Ministère de l’Ecologie, la Loutre d’Europe a pu bénéficier de cet outil. Ainsi, le Plan National d’Actions en faveur de la Loutre d’Europe a été rédigé en 2009 par la SFEPM. Sa mise en œuvre, programmée sur la période 2010-2015, est également animée à l’échelle nationale par la SFEPM.

  Pourquoi un PNA Loutre ?

L’aire de répartition originelle de la Loutre d’Europe s’étendait de l’Irlande au Japon, des limites du cercle polaire jusqu’au nord du Sahara, à la pointe sud de l’Inde et à l’Indonésie. Elle a régressé partout, jusqu’à complètement disparaître de certains pays. La fourrure de la Loutre était très convoitée, la consommation de sa viande était autorisée pendant le carême (comme pour le Castor) et puisqu’elle mange du poisson, l’Homme voyait en elle un concurrent et la qualifiait de « nuisible », comme tous les autres carnivores. Au cours du 20ème siècle, se sont ajoutés la croissance démographique humaine, l’industrialisation, le passage à une agriculture intensive et tout ce qui en découle.

En France, la Loutre était présente dans toutes les régions, sauf en Corse. Au début des années 80, seuls le cœur du Massif Central, certains grands marais du littoral atlantique, comme le Marais Poitevin, et le Centre Bretagne abritaient encore des populations viables. Ces zones où l’espèce s’est maintenue ont la particularité d’être peu peuplées par l’Homme et/ou d’offrir à la Loutre une nourriture abondante.

La Loutre n’est plus chassable en France depuis 1972 et elle obtint le statut d’espèce protégée en 1981. Elle est également protégée par différentes conventions internationales. Cette protection légale, ajoutée à une certaine amélioration de la qualité des milieux que l’on doit notamment aux progrès en matière d’assainissement et à l’interdiction de plusieurs substances nocives, ont permis non seulement de freiner le déclin, mais également d’amorcer un mouvement de recolonisation.
   

La Loutre d’Europe n’est plus aujourd’hui menacée de disparition mais la recolonisation de toute l’aire de répartition originelle prendra du temps, d’autant plus que ce mouvement reste fragile. Au faible taux de renouvellement naturel de l’espèce, s’ajoute la mortalité d’origine anthropique, les collisions avec des véhicules principalement. En effet, les loutres traversent les routes, par exemple pour rejoindre une mare, un étang, un fossé non connecté. Même le long des cours d’eau, lorsqu’un pont se présente, une loutre a tendance à la franchir non pas dans l’eau en nageant mais sur la berge en marchant. Lorsqu’il n’y a pas de berges, ou qu’elles sont submergées, elle passe souvent au dessus du pont et traverse la chaussée. Elle circule aussi souvent sur des routes pour contourner un seuil ou un barrage. Même si la Loutre est loin d’être pataude, ses courtes pattes palmées la rendent beaucoup moins agile et rapide qu’un renard ou un chat.

Il arrive également que des loutres soient braconnées ou tuées accidentellement lors d’actions de chasse ou de piégeage. Elles se noient parfois aussi en restant coincées dans des engins de pêche ou sont intoxiquées par des rongicides. Cependant, le principal problème, en plus de la mortalité routière, reste le mauvais état écologique des milieux. La présence de zones offrant suffisamment de nourriture est indispensable pour la poursuite du mouvement de recolonisation. Les loutres ont aussi besoin d’endroits où gîter. Les femelles avec leurs petits sont particulièrement dépendantes de zones tranquilles, avec beaucoup de cachettes et des proies abondantes et faciles à capturer. De plus, les polluants peuvent avoir une influence sur la santé des loutres et sur leur capacité à se reproduire.

Une autre problématique qui se développe depuis quelques années est la prédation par la Loutre dans les piscicultures. En effet, les poissons concentrés dans des bassins d’élevage sont bien tentants et faciles à attraper, ce qui peut perturber la paix retrouvée entre l’Homme et le mustélidé. Il faut agir pour que l’espèce puisse cohabiter au mieux avec cette activité économique.

Aujourd’hui en France, de plus en plus de structures s’intéressent à cette espèce patrimoniale et oeuvrent pour son suivi et sa conservation. Développer les liens entre eux et centraliser les informations sur les initiatives, souvent locales, permet de partager les connaissances et les compétences.

 

Les enjeux

Les principaux enjeux du PNA Loutre d’Europe sont donc :

• la consolidation du réseau d’acteurs français et le développement des coopérations pour un meilleur suivi et une meilleure protection de la Loutre,

• la meilleure diffusion de la connaissance sur l’espèce et sur les problématiques liées à sa conservation,

• la mise en œuvre d’actions de conservation dont les buts principaux seront de :
- réduire la mortalité d’origine anthropique,
- protéger et restaurer l’habitat de la Loutre,
- améliorer la disponibilité des ressources alimentaires dans le milieu naturel,

• l’amélioration des conditions de cohabitation entre la Loutre et l’aquaculture.

L’objectif à long terme est le retour de la Loutre sur son ancienne aire de répartition et cela dans les meilleures conditions possibles de cohabitation avec les activités humaines.

  Comment ça marche ?

Le plan d’actions est un document qui débute par un état des lieux présentant l’espèce, son statut de conservation, les problématiques auxquelles elle est confrontée, les actions menées et les structures impliquées. Ensuite, une stratégie de conservation sur 5 ans est présentée sous forme de fiches actions ; celles-ci sont réparties dans trois catégories : étude, protection et communication.

Une fois passé en revue par les services de l’Etat et validé par la Commission Faune du CNPN (Conseil National pour la Protection de la Nature), le plan est mis en œuvre. Pour le PNA Loutre, le pilotage administratif a été confié, par dérogation du MEDDE, à la DREAL du Limousin. L’animation nationale est assurée par la SFEPM. Un Comité de pilotage (COPIL) national se réunit une fois par an pour évaluer les réalisations de l’année passée et orienter les travaux de l’année suivante. Il est composé de représentants des acteurs concernés par les problématiques liés à l’espèce : services de l’état, établissements publics, associations, socioprofessionnels…

Les DREAL de chaque région ont la possibilité de nommer un animateur régional et de réunir un COPIL régional. Un plan régional est parfois rédigé. Les partenaires de chaque région définissent les actions qu’ils prévoient de mettre en œuvre localement. De nombreuses structures participent à la mise en œuvre du PNA Loutre à l’échelle nationale ou locale selon les priorités définies à chaque niveau et les moyens. C’est un travail collectif impliquant beaucoup de partenaires. Des crédits PNA sont alloués par le MEDDE par l’intermédiaire des DREALs. Des financements complémentaires sont recherchés par l’animateur national et par les autres partenaires pour les actions qu’ils portent. Il existe aussi une volonté de mieux prendre en compte les espèces PNA dans les outils de conservation existants (Natura 2000, Trame Verte et Bleue…).

  Et sinon

Les comptes-rendus de réunion, bilans nationaux et régionaux du plan, le bulletin de liaison et la brochure de présentation du plan, ainsi que d’autres documents sont disponibles ici.

Nous vous rappelons que vous pouvez recevoir notre bulletin l’Echo du PNA Loutre, la feuille de liaison semestrielle du plan. Pour recevoir par courriel chaque numéro dès sa sortie, nous vous invitons à envoyer un message (vide ou quelconque) à infoloutre-subscribe@sfepm.org. Vous recevrez ensuite un message vous demandant confirmation de votre inscription. N’oubliez pas d’y répondre.

Vous avez aussi la possibilité de rejoindre notre groupe de discussion ouvert à tous. Vous pourrez y suivre de passionnants échanges sur la Loutre et si vous le souhaitez, communiquer vos impressions, observations, poser des questions. Pour cela envoyez un message (pareil vide ou quelconque) à discussionloutre-subscribe@sfepm.org.