Dossier "Protéger le Putois d'Europe"

Protéger le Putois d'Europe

La SFEPM demande depuis 2017 au ministère en charge de l’écologie de retirer le Putois de la liste des espèces « susceptibles d’occasionner des dégâts » et de l’inscrire sur la liste des mammifères protégés en France. Le Putois est en effet en déclin et menacé au niveau national. L’espèce est déjà protégée en Suisse, en Italie, au Royaume-Uni et en Catalogne, et partiellement protégée en Belgique et au Luxembourg.

Télécharger le dossier "Protéger le Putois d'Europe" (pdf 90 pages) 

Vous avez dit puant ?

Le Putois tire son nom du vieux français « put » signifiant « puant ». Ceci fait référence à   ses glandes anales, présentes chez d’autres mustélidés, très développées chez le Putois et qui sécrètent en abondance un liquide fétide émis en situation de stress. Ces glandes seraient utilisées pour communiquer avec les individus de territoires voisins, ce qui permettrait de limiter les agressions directes. Cette particularité a probablement contribué à la mauvaise réputation historique de l’espèce. Mais en réalité, le Putois n’émet pas d’odeur perceptible par l’Homme en dehors des situations particulières de stress intense, comme lors de captures ou d’agressions.

Carte d’identité

Longueur : 40 - 60 cm, dont 12 - 15 cm de queue
Poids : 0,4 - 1,5 kg
Les mâles sont environ 30% plus lourds que les femelles

Comme d’autres mammifères, le pelage du Putois est constitué d’une couche supérieure appelée jarre et d’une couche inférieure de poils moins longs qui forme la bourre. Le pelage de jarre est de couleur beaucoup plus sombre que la bourre jaunâtre. La partie supérieure du corps apparaît de couleur brun-noirâtre brillant qui vire au châtain. Les flancs sont plus pâles car la bourre blanc-jaunâtre y est visible. Le ventre est presque noir. La queue est foncée. Le museau, les sourcils et l’extrémité des oreilles sont de couleur blanche et contrastent avec le fond brun : c’est le « masque » caractéristique du Putois. Il existe de grandes variations individuelles dans la couleur du pelage. Le pelage parait plus clair en hiver car la bourre est alors épaisse et longue, tandis qu’elle est moins fournie en été. 

Habitat et répartition

L’aire de répartition du Putois s’étend du Maroc jusqu’au sud de la Scandinavie et jusqu’à l’Oural en passant par l’Europe de l’Ouest y compris la Grande-Bretagne. En France, la répartition connue historiquement concerne l’ensemble du territoire continental à l’exception d’une extrémité sud-est. L’espèce est absente de Corse et des îles méditerranéennes. 

Le Putois peut vivre dans des milieux très divers : lisières forestières, boisements peu denses, paysages d’agriculture extensive, divers milieux en mosaïque. Toutefois, les zones humides sont particulièrement fréquentées. Le Putois privilégie notamment des abords de cours d’eau riches en biodiversité. Les milieux méditerranéens sont fréquentés, semble-t-il essentiellement dans les secteurs présentant des zones humides et des cours d’eau. Le Putois est généralement plus rare en montagne qu’en plaine. Dans les Alpes françaises, il est noté historiquement jusqu’à 2 000 m d’altitude. Les données plus récentes ne semblent pas dépasser 1 500 m, altitude à laquelle il est très rare. Dans les Pyrénées françaises, il atteint 1 400 m d’altitude.

Mode de vie

Le régime alimentaire du Putois est essentiellement carnivore. L’espèce consomme majoritairement des petits mammifères, particulièrement des petits rongeurs (campagnols, rats…), localement des lapins, et de façon plus saisonnière des amphibiens.

Le Putois se déplace surtout au sol. Il est bon nageur. Il recherche ses proies de façon active en explorant les cavités, les terriers. Il creuse parfois pour atteindre les rongeurs. Il est beaucoup moins enclin à grimper sur des obstacles que d’autres Mustélidés comme la Martre ou la Fouine. Les déplacements du Putois sont surtout nocturnes et crépusculaires. Il quitte son terrier le soir pour effectuer des déplacements de plusieurs kilomètres à la recherche de nourriture. Il est plus rarement diurne.

Le Putois est solitaire et territorial. Les territoires se superposent, quel que soit le sexe de l’animal. L’espèce est active toute l’année. Son activité baisse toutefois en automne et en hiver. Le rut a généralement lieu entre mars et avril. Le mâle recherche activement la femelle pour s’accoupler. Il peut s’accoupler avec deux d’entre elles, ce qui fait du Putois une espèce polygyne. Les naissances ont lieu entre mai et juin. La femelle met bas dans un nid sphérique constitué de foin, de plumes et de fourrure, caché dans une cavité ou un abri quelconque. Les jeunes naissent nus et aveugles. L’unique portée annuelle compte 1 à 12 jeunes, dont 4 à 8 dépassent l’âge du sevrage, vers 6 semaines. Les jeunes sont indépendants à l’âge de 3 mois. Il semble que la mère joue un rôle important dans l’apprentissage de la prédation aux jeunes, par imitation de celle-ci. La maturité sexuelle intervient vers 10-11 mois.

Un faux nuisible

Dans la continuité de la mauvaise réputation dont les petits carnivores ont fait l’objet par le passé, le Putois est encore classé « nuisible » au niveau national (nouvelle dénomination : « susceptible d’occasionner des dégâts ») et peut être piégé à ce titre. Les connaissances sur l’espèce font pourtant apparaître que ce classement n’est aucunement justifié, ni sur le plan écologique, ni en termes de dommages aux activités humaines. Les dommages possiblement occasionnés par des putois aux activités humaines se limitent à de très rares prédations dans des élevages aviaires, faits aisément évitables par une sécurisation physique des lieux, dans la mesure où les putois sont de médiocres grimpeurs.

 

Putois d'Europe © Carine Gresse
Putois d'Europe © Carine Gresse

Une espèce menacée

Bien que le Putois paraisse relativement commun dans certains endroits, son état de conservation apparaît mauvais au niveau national. Localement, l’espèce apparaît même rare à très rare, voire absente de nombreux secteurs. Les informations disponibles indiquent une répartition souvent hétérogène et fragmentée. Les effectifs paraissent peu élevés à très faibles dans beaucoup de régions. Même dans des secteurs où l’espèce paraît à priori moins rare, la fragmentation des populations et la faiblesse des effectifs sont mises en évidence sur le plan génétique.

Les menaces sont principalement la perte d’habitat (zones humides, haies, paysages d’agriculture extensive), l’élimination volontaire ou involontaire (piégeage destiné à d’autres espèces, mortalité routière), les pollutions et les pathologies. 

Considérant la fragilité des populations de putois, considérant les menaces croissantes sur la conservation de l’espèce qui dépassent largement le piégeage, considérant enfin que l’espèce est protégée réglementairement dans plusieurs pays voisins où la situation est similaire, la SFEPM demande le retrait du Putois de la liste des « nuisibles » (« susceptible d’occasionner des dégâts ») et son inscription sur la liste des « mammifères protégés » en France.

Historique de la demande de la SFEPM de protéger le Putois

- Début 2017 : parution de notre dossier « Protéger le Putois » (pdf de 90 pages - 5,8 Mo)
- Début 2017 : présentation de notre demande à Mme Barbara Pompili, alors Secrétaire d’État chargée de la biodiversité ;
- Septembre 2017 : présentation de notre demande à la Direction de l’Eau et de la Biodiversité (ministère en charge de l’écologie) ;
- Octobre 2017 : présentation de notre demande à une conseillère biodiversité auprès de Nicolas Hulot, ministre en charge de l’écologie ;
- Début 2018 : avis favorable émis par le MNHN (Museum national d’histoire naturelle) concernant notre demande d’inscrire le Putois sur la liste des mammifères protégés ;
- Novembre 2018 : avis favorable émis par CNPN (Conseil national de Protection de la nature) concernant notre demande d’inscrire le Putois sur la liste des mammifères protégés ;
- Janvier 2019 : présentation de notre demande à un conseiller de Mme Wargon, secrétaire d’État à l’écologie ;
- 2019 : courrier du président de l’UICN-France (Union international pour la conservation de la nature) à M François de Rugy, alors ministre en charge de l’écologie, pour lui demander d’inscrire le Putois sur la liste des mammifères protégés ;

Monter