Les chauves-souris

Les chauves-souris sont des animaux fascinants, les seuls mammifères doués du vol actif.

Il existe près de 1 400 espèces de chauves-souris à travers le monde et encore beaucoup à découvrir. Les chauves-souris représentent à elles seules 20% des mammifères mondiaux. Elles jouent un rôle écologique essentiel et sont de véritables indicateurs de la bonne santé d’un écosystème.

Malheureusement, pratiquement toutes les espèces de chauves-souris européennes ont régressé et de nouvelles menaces continuent d’apparaître...

En France, la SFEPM, à travers son groupe Chiroptères, se mobilise pour étudier, protéger et faire connaître ces fragiles petits mammifères.

Les chauves-souris, des mammifères fascinants à protéger

Chauve souris Murin de Bechstein

Biologie des chauves-souris

Voler avec ses mains

La chauve-souris appartient à l’ordre des Chiroptères (« chiro » main et « ptère » aile). L’aile de la chauve-souris est en réalité une main modifiée. A l'exception du pouce, les autres doigts sont particulièrement allongés et sous-tendent une fine membrane de peau, souple et élastique, assurant la portance, appelée le patagium.

Cette main ailée peut aussi servir de protection quand l'animal est au repos. Il s'en enveloppe alors telle une grande cape isolante. Les ailes agissent aussi comme un régulateur thermique. Brassant l'air nocturne, elles contribuent à abaisser la température de l'animal en vol. Les chauves-souris ne se contentent pas de voler, certaines se déplacent avec agilité sur le sol, dans les branches ou sur les voûtes des cavités.

Voir avec ses oreilles

Presque toutes les chauves-souris quittent leur gîte à la tombée de la nuit. L'essentiel des espèces s'oriente et chasse à l'aide de l'écholocalisation, un système comparable au sonar qui leur permet d'évoluer dans l'obscurité la plus totale. Elles font partie des rares animaux qui peuvent "voir avec leurs oreilles".

La vue, si elle est tout à fait fonctionnelle, constitue l'un des sens les moins performants, l'ouïe et l'odorat étant particulièrement développés.

Un monde à l'envers

Presque toutes les chauves-souris passent une grande partie de leur vie la tête en bas.

Les pieds des Chiroptères ont subi une rotation de 180° par rapport aux nôtres, adaptation qui s'avère idéale pour s'accrocher facilement aux branches, aux voûtes des cavités ou aux charpentes. Quand elles se suspendent, leur poids exerce une traction sur des tendons qui maintiennent les griffes en position d'accrochage. Elles ne dépensent donc aucune énergie, même pendues pendant de très longues périodes.

Des insecticides naturels

En Europe, toutes les chauves-souris sont insectivores. En une nuit, une chauve-souris peut consommer près de la moitié de son poids en insectes variés tels que les moustiques et autres parasites de l'Homme, mais aussi des papillons de nuit dont beaucoup d'espèces se développent aux dépens des cultures, des arbres fruitiers… Les chauves-souris se comportent donc comme d'excellents insecticides naturels, et ceci sans empoisonner le sol et l'eau pour des dizaines d'années.

Cycle CS
Dessin de François-Xavier LOIRET

Un cycle biologique lié aux saisons

Les chauves-souris sont actives de mars à octobre, ce qui correspond à la période d’activité des insectes dont elles se nourrissent.

Au printemps, les femelles gestantes recherchent des abris calmes et sombres : arbres creux, ponts, combles… Les mâles vivent généralement en solitaire.

A partir du mois de mai les femelles se regroupent, mettent bas et élèvent leur unique petit de l’année. Les jeunes voleront et deviendront autonomes dès le mois d’août.

Durant l’automne, mâles et femelles se regroupent pour l’accouplement et constituent des réserves de graisse vitales pour affronter les mois de jeûne hivernal.

Dès les premiers froids de l’hiver, certaines chauves-souris gagnent des sites souterrains tranquilles offrant une température douce et constante et une hygrométrie élevée (grottes, mines, caves, fissures). Elles y séjourneront jusqu’au printemps en hibernation. D’autres passeront l’hiver dans des cavités d’arbres.

Espèces françaises de chauves-souris

Aujourd’hui, le nombre d’espèces de chauves-souris sur la planète n’est pas totalement connu. Actuellement, on compte plus de 1200 espèces réparties dans 18 familles et 35 espèces sont reconnues pour la France métropolitaine.
 

Rhinolophidés

Rhinolophe euryale

Rhinolophe euryale
Rhinolophus euryale

Rhinolophidés

grand rhino feuille nasale

Grand rhinolophe
Rhinolophus ferrumequinum

Rhinolophidés

Petit rhinolophe

Petit rhinolophe
Rhinolophus hipposideros

Vespertilionidés

Barbastelle d'Europe

Barbastelle d'Europe
Barbastella barbastellus

Vespertilionidés

Sérotine chauve souris

Sérotine commune
Eptesicus serotinus

Vespertilionidés

Serotine bicolore

Sérotine bicolore
Vespertilio bicolore

Vespertilionidés

Murin de Capaccini

Murin de Capaccini
Myotis capaccinii

Vespertilionidés

Murin de Bechstein

Murin de Bechstein
Myotis bechsteinii

Vespertilionidés

Murin des marais

Murin des marais
Myotis dasycneme

Vespertilionidés

Murin de Daubenton

Murin de Daubenton
Myotis daubentonii

Vespertilionidés

Murin à oreilles échancrées

Murin à oreilles échancrées
Myotis emarginatus

Vespertilionidés

Grand murin

Grand murin
Myotis myotis

Vespertilionidés

Myotis mystacinus

Murin à moustaches
Myotis mystacinus

Vespertilionidés

Murin de Natterer

Murin de Natterer
Myotis nattereri

Vespertilionidés

Nyctalus lasiopterus

Grande noctule
Nyctalus lasiopterus

Vespertilionidés

Noctule de Leisler

Noctule de Leisler
Nyctalus leisleri

Vespertilionidés

Nyctalus noctula

Noctule commune
Nyctalus noctula

Vespertilionidés

Pipistrelle de Kuhl

Pipistrelle de Kuhl
Pipistrellus kuhlii

Vespertilionidés

Pipistrelle de Nathusius

Pipistrelle de Nathusius
Pipistrellus nathusii

Vespertilionidés

Pipistrelle pygmée

Pipistrelle pygmée
Pipistrellus pygmaeus

Vespertilionidés

oreillard gris

Oreillard gris
Plecotus austriacus

Vespertilionidés

Oreillard ROUX

Oreillard roux
Plecotus auritus

Minioptéridés

Minioptère de Schreibers

Minioptère de Schreibers
Miniopterus schreibersii

Molossidés

Molosse de Cestoni

Molosse de Cestoni
Tadarida teniotis

Halte aux idées reçues !

Les chauves-souris vont-elles pulluler ?

Seuls les 2/3 des femelles d’une colonie sont fécondées et ne donnent naissance qu’à un seul petit par an. Leur fertilité est comparable à la nôtre, pas à celle des rongeurs. Si l’on ajoute à cela une mortalité élevée (environ 60%) des jeunes au cours de leur première année, on peut considérer que pour l’essentiel les colonies restent stables en effectifs, voire diminuent.

Les chauves-souris peuvent-elles se prendre dans nos cheveux?

La légende est tenace mais jamais une chauve-souris ne se prendra dans vos cheveux. Son vol est très précis et son système de guidage par ultrasons (écholocalisation) permet de détecter des objets d’une grande finesse.

Les chauves-souris sont-elles aveugles ?

Les chauves-souris utilisent prioritairement leur vue pour se repérer. Elles peuvent d’ailleurs être éblouies ou perturbées par l'éclairage artificiel extérieur. L’écholocalisation est privilégiée lors de la chasse ou de déplacements en zone inconnue.

Les chauves-souris sucent-elles le sang ?

Sur les 1200 espèces que connaît la planète, seulement trois sont dites « vampires » et se nourrissent du sang des animaux. Ces trois espèces se trouvent toutes en Amérique du Sud. En France, toutes nos chauves-souris sont insectivores. Elles représentent même un véritable « insecticide » naturel car elles sont capables de manger la moitié de leur poids en insectes, en une seule nuit.

 

Le guano est-il vecteur de maladie?

En France, comme en Europe, le guano des chauves-souris ne représente aucun risque sanitaire. Le cas de maladies respiratoires telles que l’histoplasmose n’est rencontré que dans des régions tropicales où le champignon du genre Histoplasma possède les conditions d’humidité et de chaleur pour son développement. Par ailleurs, le guano représente un excellent engrais naturel.

Les chauves-souris vont-elles rester longtemps chez moi ?
La plupart des chauves-souris ne seront présentes que le temps d’une saison. Elles choisissent souvent des lieux différents pour hiberner ou mettre-bas car leurs exigences ne sont pas les mêmes. En hiver, elles auront besoin de fraîcheur et d’humidité et préféreront une cave tandis qu’en été, elles orienteront leur choix plutôt vers un grenier pour obtenir la chaleur nécessaire à l’élevage des petits.

Pour autant, si elles ont trouvé toutes les conditions nécessaires, elles peuvent se montrer fidèles à leur gîte et revenir année après année.

Les chauves-souris causent-elles des dégâts ?

Les chauves-souris ne sont pas des rongeurs, elles ne viendront pas ronger les câbles et l’isolation des bâtiments. Ce ne sont pas des animaux destructeurs, elles n'apportent aucun matériau au gîte, ne construisent pas de nid. Elles laissent uniquement leur guano sur place.

Les chauves-souris transmettent-elles la rage ?

En Europe, les chauves-souris peuvent être porteuses de deux formes du virus (Lyssavirus), différentes de la rage des chiens et des renards. La transmission se fait via la salive généralement lors d’une morsure. Ces virus ne passent que très difficilement la barrière des espèces et seule une petite minorité d’espèces de chauves-souris (2 sur les 35 espèces françaises) a été identifiée porteuse. Il faut savoir qu’une chauve-souris contaminée n’est généralement pas agressive, elle sera tout au plus apathique et affaiblie. Elle ne mordra que si on tente de la manipuler. C’est pourquoi, par mesure de précaution, il est toujours conseillé, si vous avez à manipuler une chauve-souris qui vous semble en détresse, de porter des gants en cuir épais.

 

Législation

En France, les 35 espèces de chauves-souris sont protégées :

  • Au niveau national : depuis 1976 par l’article L.411-1 du Code de l’Environnement. L’arrêté ministériel du 23 avril 2007, ainsi que son arrêté modificatif du 15 septembre 2012, protègent les espèces ainsi que leur habitat de reproduction et d’hibernation,
  • Au niveau européen : la Directive européenne (CEE N°92/43) « Habitats-Faune-Flore » indique que toutes les espèces doivent bénéficier d’une protection stricte (Annexe IV) et dresse une liste des espèces dont la conservation nécessite la désignation de Zones Spéciales de Conservation (Annexe II),
  • Au niveau international : toutes les espèces sont protégées par la Convention de Bonn (23 juin 1979) relative à la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (Annexe II) qui a permis de signer l’Accord relatif à la conservation des populations de Chauves-souris d’Europe (EUROBATS, 4 décembre 1991) et par la Convention de Berne (19 septembre 1979) relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe (Annexe II et III).

Nous vous invitons à consulter le site de l’UICN pour connaître le statut des espèces de Chiroptères défini dans le cadre de l’élaboration des Listes rouges.

Consulter la liste des mammifères protégés

Menaces

* De multiples facteurs menacent leurs populations :
  • La disparition ou la modification des gîtes : rénovation des bâtiments ou des ponts, fermeture de l’entrée des gîtes souterrains, abattage des arbres à cavités, l’éclairage des monuments… ne prenant pas en compte ces mammifères…
  • La transformation de leur domaine vital (routes de vol et terrains de chasse) : densification du réseau routier, abandon du pâturage extensif, destruction des haies, disparition de zones humides, homogénéisation des boisements, artificialisation des cours d’eau, pollution lumineuse…
  • Les dérangements durant l’hibernation ou la reproduction,
  • L'utilisation de produits chimiques : traitement de charpentes, pesticides, antiparasitaires...
  • Mortalité directe : prédation par le chat domestique, développement éolien...
 
* Chat domestique et biodiversité

La SFEPM, en partenariat avec le Muséum national d'Histoire naturelle, a lancé une grande enquête participative en 2016 sur les liens entre chats domestiques et biodiversité, à travers l’étude des phénomènes de prédation sur la petite faune dont les chauves-souris.

L’objectif est de replacer le Chat dans son contexte écologique en recueillant des données de prédation de la part des propriétaires d'animaux et naturalistes, pour aboutir à une meilleure compatibilité entre faune sauvage et domestique, dans les jardins notamment. Cette enquête est toujours en cours et nous vous invitons à y participer !

Consulter le site chat-biodiversite.fr

Des chauves-souris et des virus

Outre leur rôle important dans beaucoup d’écosystèmes dans le monde, les chauves-souris ont aussi été identifiées comme hôtes de certains virus qui peuvent affecter la santé humaine. On appelle « zoonoses », les maladies humaines dont l’origine provient d’animaux, et vice-versa.

Les conditions de transmission d’un virus d’un animal sauvage à l’être humain résultent souvent d’une altération de l’environnement par l’Homme. Ainsi, la destruction de biotopes de chauves-souris (par déforestation et urbanisation) et l’intensification des élevages amènent les chauves-souris à vivre proche de l’Homme et de ses animaux domestiques. Ce contact plus étroit peut conduire à la transmission d’un virus depuis son réservoir naturel (animal sauvage) vers la population humaine, directement ou via un hôte intermédiaire (animal domestique).

Relation entre les chauves-souris et les maladies infectieuses

Comme bon nombre de mammifères, les chauves-souris constituent les « réservoirs » d’un certain nombre de virus dont la plupart sont inoffensifs pour l’être humain. Dans beaucoup de cas, ils n'affectent pas non plus les chauves-souris, vraisemblablement parce qu'elles ont intimement co-évolué avec ces virus depuis des millions d’années. Certaines espèces de Chiroptères semblent plus propices à ce rôle de réservoir viral, sans doute lié à leur moindre réactivité vis-à-vis des agents viraux. Comprendre comment le système immunitaire des chauves-souris résiste à ces virus permettrait d’ailleurs de réaliser des avancées dans la recherche médicale humaine.

Quelle est la situation en France ?

En France, les chauves-souris peuvent être porteuses de trois espèces du virus de la rage appartenant aux Lyssavirus : virus des chauves-souris européennes (European Bat Lyssavirus ou EBLV) type 1 (EBLV-1) et type 2 (EBLV-2) et le virus Bokeloh bat (BBLV), Ces 3 virus sont différents de celui de la rage des chiens et des renards. Deux virus ont été retrouvés chez seulement deux espèces de chauves-souris (34 espèces en France) : EBLV-1 chez la Sérotine commune (Eptesicus serotinus) et BBLV chez le Murin de Natterer (Myotis nattereri). Il faut savoir qu'il existe un risque de transmission du virus via la salive d'une chauve-souris contaminée. Cette dernière n’est généralement pas agressive mais souvent plutôt apathique car affaiblie. Elle ne mordra que si on tente de la manipuler. C’est pourquoi, par mesure de précaution, il est conseillé d'éviter tout contact avec une chauve-souris en détresse ou de porter des gants en cuir épais s'il y a nécessité de la manipuler.

A ce jour, en France, aucun cas de transmission à l’Homme n’a été référencé.

Ces données sont régulièrement mises à jour grâce à un programme d’épidémiosurveillance de la rage mis en place par le Laboratoire de la rage et de la faune sauvage de l’Ansès-Nancy en collaboration avec les chiroptérologues de la SFEPM.

Questions/Réponses Chauves-souris et Covid-19                  Plus d’informations sur la veille sanitaire 

Chiroptères faune sauvage, pandémie et Covid-19, érosion de la biodiversité... réflexions de la SFEPM

Interview de François Moutou sur les chauves-souris et les virus

Retrouvez un dossier complet « Des chauves-souris et des virus » dans L'Envol des Chiros n°15.

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