Chat domestique - Pixabay

Le problème du Chat domestique en France vis-à-vis de la faune sauvage.

Vrai ou faux problème ? Voici ce qu'en pense la SFEPM.

Début mai, Willy Schraen, le président de la Fédération nationale des Chasseurs, a traité le problème des chats en France en proposant de les piéger à plus de 300 mètres des habitations, sans bien sûr préciser ce qu’il entendait par « piéger ». Suite aux tollés provoqués par ce propos, il a précisé qu’il visait une capture vivante, précisant que ce n’était pas aux chasseurs de faire ce « travail ». Un ex-élu vert du Nord est venu à son secours, et tous évoquent des résultats d’études, notamment américaines, dans lesquelles le chiffre de 1 à 3 milliards d’oiseaux et 6 à 22 milliards de mammifères seraient tués par les chats (on relèvera la marge d’erreur !). M. Schraen a déclaré être « "…extrêmement blessé par la violence des réactions sur les réseaux sociaux et je ne la comprends pas !". Il s’agit ici en quelque sorte de l’arroseur arrosé : quand on profère à longueur de titre de presse cynégétique des diatribes enflammées contre les écologistes et autres Vegan ou anti-ruraux ou adhérents LPO, on ne fait que récolter le fruit de son comportement. Et il est toujours amusant d’entendre ce genre de propos dans la bouche de quelqu’un qui défend la chasse sur plus d’une vingtaine d’espèces en danger critique d’extinction !

Mais ce qui intéresse ici la SFEPM, c’est le problème écologique du chat, qui en est un effectivement, mais que l’on ne résout pas à coup de diatribe, de piégeage… ou de tir (réalité aussi bien connue dans les campagnes). Depuis 2015, la SFEPM –et non la LPO comme celle-ci s’en vante- a entamé avec le MNHN une étude sur l’impact du chat domestique appartenant à un propriétaire sur la biodiversité. Nous voudrions dans un premier temps remercier les plus de 4000 propriétaires de chats qui ont accepté de jouer le jeu, en notant les proies que leur chat rapporte. Les premières analyses montrent en effet une consommation préférentielle des mammifères (66 % des proies) et des oiseaux (22 % des proies). Parmi ceux-ci, dans les oiseaux de jardins, la prédation du chat apparaît comme une des trois causes dominantes, avec les captures volontaires par l’homme et les collisions avec les vitres, deux autres facteurs liés à l’Homme et facilement évitables. La part de la prédation par le chat a augmenté de 50 % en 15 ans, en lien avec l’augmentation du nombre de chats domestiques (plus de 14 millions aujourd’hui). Cette prédation est-elle de nature à mettre en danger les populations d’oiseaux péri-urbains ? Pour l‘instant on ne le sait pas. En 30 ans les oiseaux vivant en milieux bâtis ont diminué de 29 % tandis que les généralistes (dont font partie la majorité des oiseaux de jardin) ont plutôt augmenté, tandis que les oiseaux des milieux agricoles ont chuté de 38 %.

Plutôt que de vouloir piéger les chats, il nous apparaît plus judicieux de responsabiliser les propriétaires de chats, des techniques simples permettant de diminuer cette pression. Rappelons ici qu’un cheval, un chien, une vache divagant et causant des dommages peuvent entraîner des poursuites vis-à-vis de leur propriétaire. Dans le cas du chat domestique, les dommages sont causés à la faune sauvage, res nullius en droit français … que l’on devrait pourtant considérer pour ce qu’elle est vraiment : res communis : un bien commun, propriété de tous ! Et il serait temps aussi que les propriétaires de chat arrêtent de penser qu’il faut conserver le caractère sauvage et prédateur du chat : « c’est dans sa nature » entend t’on souvent … et alors, le chien n’est-il pas lui aussi un chasseur à la base et pourtant on ne le laisse pas divaguer.

Nous voudrions aussi faire connaître un autre impact mésestimé du vagabondage des chats, moins connu, parce que se produisant surtout à la campagne. Un autre félidé est présent en France à l’état sauvage. Non ce n’est pas le Lynx boréal, mais le Chat forestier, présent sous la forme de deux sous-espèces. Depuis plus de 20 ans nous constatons un double phénomène inquiétant : d’une part une pollution génétique de cette espèce par croisement avec des chats errants (ce que la loi française appelle des chats harets), d’autre part l’apparition et le développement de maladies inconnues en nature, apportées par le chat domestique et entraînant une mortalité accrue chez le Chat forestier. Une raison de plus pour mieux contrôler son chat à soi ! Pour le chat domestique retourné à l’état sauvage ou semi-sauvage, le chat haret, il a été retiré de la liste des espèces chassables (arrêté du 26 juin 1987) et de la liste des animaux susceptibles d’être classés nuisibles (arrêt du 30 septembre 1988). Le maire est seul responsable de la divagation des chats (domestiques ou harets) au titre de l'article L.211-20 du code rural et de la pêche maritime … et nos « braves amis » chasseurs n’ont donc aucune raison –juridique- de les piéger ou les tirer !

Lire le communiqué de presse du 20 05 2020
 

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